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Interview d’expert : l’histoire de la cosmétique bio et ses labels

15 juillet 2014

C’est avec grand intérêt que nous avons rencontré et écouté Anne Lafourcade, fondatrice du bureau de conseil en labellisation et certifications environnementales label & labels. Elle nous livre dans cet article son avis sur les avancées de la cosmétique bio et ses labels.

Anne, la parole est à vous !

Mon parcours

Après mes études d’ingénieur chimiste, j’ai été ravie de participer, au sein d’un laboratoire leader de l’industrie cosmétique, à la création de nouveaux produits innovants. Cependant, comme beaucoup de femmes, ma première grossesse m’a fait m’interroger sur l’impact environnemental de ce type de produits et sur nos modes de consommation frénétiques. La maîtrise des effets négatifs des substances pétrochimiques dans notre quotidien (emballages, peintures, cosmétiques, alimentation, détergents, jouets…) m’est alors apparu comme un sujet crucial auquel j’ai souhaité contribuer professionnellement.

Ainsi, après 8 ans dans l’industrie cosmétique, j’ai intégré Ecocert en 2007 pour contribuer au développement, en plein essor à l’époque, de la certification des cosmétiques bio. J’y découvre alors ce que peut être l’engagement d’une entreprise au service de l’environnement.

J’ai ensuite décidé de créer ma propre activité de conseil en labellisation et certifications environnementales. J’apporte ainsi mon expertise de spécialiste, indépendamment des labels écologiques, aux PME éco-innovantes souhaitant se poser les bonnes questions sur leur stratégie de développement durable, afin de mettre en place une communication porteuse de maturité et d’authenticité pour leur entreprise.

Trop de labels écologiques ?

Les consommateurs me posent invariablement la même question quand il s’agit des labels écologiques :
« Ne trouvez vous pas qu’il y en a trop ? On n’y comprend rien…. ».
A cette question il y a plusieurs éléments de réponse à apporter à mon sens :

– Les bons labels

La première réponse à cette question, c’est qu’il y a « label et labels ». Certains sont certes autoproclamés mais certains sont portés par des organismes de contrôles publics ou privés qui auditent les pratiques des entreprises avec sérieux, critère par critère selon un référentiel écologique exigeant.
Bien sûr, il n’est pas facile pour un consommateur de les identifier. Un bon moyen peut être de se fier aux guides pratiques de l’ADEME (ecocitoyens.ademe.fr) et aux sites internet de « conso » responsable comme mescoursespourlaplanete.com ou eco-sapiens.com.
A minima, il faut se méfier des allégations « naturelle » ou « d’origine naturelle » sur un packaging qui ne fait pas mention à un référentiel ou à des critères clairs. N’oubliez pas de toujours vérifier la présence de la mention à un organisme de contrôle qui assure que le produit a été vérifié par une tierce partie.

– Changer les pratiques

La deuxième réponse que je ferais à la question « y’a-t-il trop de labels ? » c’est qu’il faut considérer que les labellisations ne s’adressent pas qu’au consommateur, mais aussi à toute la filière professionnelle du produit labellisé.

Prenons l’exemple de la cosmétique bio. En 2002 une dizaine de laboratoires cosmétiques engagés posent les fondements d’une authentique cosmétique naturelle et écologique faisant appel à des produits issus de l’agriculture biologique. Face à eux, l’industrie cosmétique déploie tout un imaginaire marketing pour vendre des produits, synthétiques pour la plupart, en ayant recours à des argumentaires de vente autour du naturel et du végétal. Face à ces promesses, souvent abusives, (qu’on appelle communément « greenwashing » ) comment pouvaient se défendre les entreprises ayant créé des formules vraiment naturelles ?

Une seule réponse possible : bâtir un référentiel exigeant, pour prouver leur capacité d’innovation, en excluant de leurs formules des substances pétrochimiques douteuses et en acceptant de se faire auditer sur leurs pratiques par un organisme de contrôle indépendant. C’est ainsi qu’est né en France l’association «Cosmebio» et le référentiel de certification des cosmétiques biologiques et écologiques porté par l’organisme certificateur Ecocert.

Mais à cette époque les fabricants des matières premières de la cosmétiques (huiles, tensio-actifs, extraits de plantes) ne pouvaient proposer que peu d’ingrédients compatibles avec un référentiel aussi exigeant. Les formulations « bio » étaient donc très simples et pouvaient avoir des problèmes de stabilité.

C’est à ce moment que l’existence d’un label exigeant prend tout son sens : face à l’intérêt croissant des consommateurs pour ce nouveau label « Cosmebio », les fabricants de matières premières de la cosmétique se sont mis à travailler sur des ingrédients compatibles avec les exigences du référentiel. Ainsi, rapidement, les formules « bio » ont pu venir concurrencer les formules traditionnelles : les textures, les parfums se sont diversifiés.

D’autres labels se sont également imposés sur le marché (NaTrue, Nature & Progrès). Un label européen (COSMOS) qui relie les principales démarches de labellisations de la cosmétique bio en Europe a même vu le jour.

Même si les organismes qui gèrent ces labels sont parfois en conflit sur des points techniques (quel pourcentage minimum de bio dans une formule ?, quels ingrédients sont réellement d’origine naturelle ?…), ils ont quand même plus de points de convergence que de divergences.

Ainsi par leur volonté de bien faire, les créateurs des labels de la « cosmétique bio » ont contribué à changer durablement les pratiques et à permettre aux consommateurs d’accéder à des produits de nouvelle génération plus respectueux de l’Homme et de son environnement.

Merci Anne pour cet éclairage très intéressant sur le bio !

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