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Rencontre avec Daniel Joutard : pionnier de l’engagement contre la Bio-piraterie

30 octobre 2012

De Jack Sparrow, aux pirates somaliens, en passant par Rackham le Rouge et le Capitaine Crochet, la liste des pirates est longue. Aujourd’hui Omum s’est intéressé à des corsaires d’un autre genre : les bio-pirates.

Daniel Joutard a créé un laboratoire de cosmétiques Aïny, qui s’engage contre la bio-piraterie. Il nous parle de son action pour notre plus grand plaisir !

Daniel, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a sensibilisé à la bio-piraterie ?

J’ai beaucoup travaillé, dans des ONG, au contact de peuples autochtones au Pérou et en Equateur. J’ai découvert l’importance des savoirs ancestraux dans le développement des cosmétiques. A l’origine de la création d’Aïny, il y a également eu la rencontre de Jean-Claude Le Joliff, notre directeur de recherche. Nous nous sommes posés la question de la valorisation des savoirs et de la connaissance des plantes, de manière juste, dans le développement de nos produits. C’est de là que l’aventure est partie.

Mais au fait, qu’est-ce que la bio-piraterie ?

La bio-piraterie, c’est un concept qui a tendance à évoluer. On peut la définir de deux manières : des années 90 à 2010, c’était le fait de déposer un brevet sur des savoirs traditionnels. La vision plus actuelle, voire futuriste de la bio-piraterie, est l’utilisation de plantes ou de savoirs ancestraux sans en informer les peuples utilisant ces plantes (ou ayant les connaissances à leurs sujets), sans leur consentement, et sans partager les bénéfices de l’utilisation avec eux.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples connus?

Oui, deux exemples sont très connus dans le domaine de la lutte contre la bio-piraterie. Il y a celui du Neem indien, utilisé par les populations indiennes comme pesticides depuis des siècles. La société américaine Grace Chemicals avait déposé un brevet sur l’utilisation de cette plante comme pesticide. Un autre cas connu est celui du haricot jaune : Larry Proctor a déposé un brevet sur le haricot jaune, qui était initialement cultivé au Mexique. Ceci a conduit les cultivateurs mexicains à lui verser des royalties lorsqu’ils souhaitaient exporter leurs produits. Dans les deux cas des ONG et des parlementaires ont lutté et obtenu la chute du brevet.

Et Daniel, quelles sont les conséquences pour les peuples autochtones du dépôt d’un brevet sur une plante ?

Dans ces conditions, deux questions se posent. La première est d’ordre moral : le dépôt d’un brevet suppose une innovation, or une entreprise cosmétique/pharmaceutique ou agro-alimentaire qui dépose sur une plante un brevet a travaillé deux ou trois ans au maximum sur cette plante, tandis que les peuples ancestraux possèdent ce savoir depuis des centaines d’années. Sans compter que sans leur aide, les laboratoires ne seraient jamais arrivés à de tels résultats.

De plus, les entreprises, par le dépôt de brevet sur une plante, peuvent encadrer quels usages les peuples autochtones en font, c’est ce qui s’est passé pour le haricot jaune du Mexique.

Quels sont les moyens de se défendre contre la bio-piraterie ?

La lutte contre la bio-piraterie s’organise à 3 niveaux :

à l’échelle nationale, les pays dits du « Sud » s’organisent en mettant en place une législation très contraignante ainsi qu’en créant des organismes de veille pour protéger leurs savoirs. Le Pérou est très actif à ce niveau là.

à l’échelle des peuples : ceux-ci s’organisent en associations ou ONG afin de protéger leurs connaissances.

et à l’échelle occidentale, certains laboratoires tentent des collaborations directes et équilibrées avec les peuples autochtones pour le développement de nouveaux produits.

Vous avez mis en place un logo « no bio-piracy », pouvez-vous nous l’expliquer?

Nous l’avons développé, mais ce n’est pas encore un label. Ce symbole représente l’approche en trois niveaux que nous avons lorsque nous développons un nouveau produit :

– Nous entretenons une relation de commerce équitable avec nos producteurs (mais nous pensons que cette vision n’est pas suffisante dans le cadre des cosmétiques, c’est pourquoi les 2 autres niveaux viennent la compléter)

– Nous reversons une partie de notre chiffre d’affaire aux peuples autochtones avec lesquels nous travaillons, ce qui constitue une sorte de rétribution pour le savoir qu’ils ont partagé et l’autorisation qu’ils nous ont donnée de l’utiliser.

– Enfin, nous publions nos recherches, ce qui permet de la rendre publique, d’en faire profiter l’ensemble de la société, et d’empêcher le dépôt de brevet sur celle-ci.

Cette démarche-là, nous, on adore…

Chez Omum, on utilise des ingrédients connus pour leurs vertus depuis des millénaires, mais sans chercher à nous en octroyer le privilège, ni à vous faire croire, à vous, qu’on a trouvé un actif sensationnellement innovant… Alors avec Daniel, Aïny et Omum, contre la bio-piraterie, ayez un œil sur les cosmétiques que vous achetez !

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